Que s'est-il passé exactement ?
Les ETF bitcoin (fonds cotés en bourse qui détiennent du bitcoin pour le compte des investisseurs) ont traversé une semaine de forte décollecte. Selon le site BitHub.pl, près de 400 millions de dollars en sont sortis en l'espace d'une semaine, la plus grande part de cette décollecte revenant au fonds iShares Bitcoin Trust (IBIT) de la société BlackRock.
C'est un fait qui mérite un rappel de contexte : IBIT est de loin le plus grand ETF bitcoin, il est donc logique qu'il apparaisse en tête de n'importe quel classement en valeur absolue, qu'il s'agisse d'entrées ou de sorties. Se trouver en tête du tableau des pertes ne signifie donc pas en soi que ses investisseurs se détournent davantage du fonds que ceux de la concurrence.
Cela veut-il dire que le capital institutionnel fuit le bitcoin ?
Ici, il faut rester prudent. Au cours de la même semaine où la décollecte faisait l'actualité, des données trimestrielles sont apparues et racontent une histoire inverse, mais sur une autre période.
Selon un dépôt auprès de la SEC et les articles de CoinDesk et CryptoSlate, la société d'investissement de Paul Tudor Jones (Tudor Investment) a augmenté au 30 juin le nombre d'actions IBIT détenues en direct de 18,9 %. Concrètement, de 579 083 actions à 688 529 actions, soit une hausse de 109 446 actions.
Mais le tableau complet est plus complexe. Selon les mêmes sources, la société a dans le même temps réduit le volume d'équivalents call (instruments dérivés de la hausse du prix) de 85,2 % à 148 000 actions sous-jacentes, tandis que les positions put n'ont baissé que de 1,4 % à 715 000 actions. En d'autres termes : l'exposition directe a augmenté, mais la structure optionnelle qui l'entoure a fortement changé. La lecture simpliste du type "un gros acteur a simplement acheté du bitcoin" ne tient donc pas.
De même, selon un article de Cointelegraph, Morgan Stanley a augmenté au deuxième trimestre sa détention déclarée d'IBIT de 23 %, à 16,5 millions d'actions. Selon la même source, ses positions dans les ETF ether et dans plusieurs actions liées au marché crypto ont également progressé.
Pourquoi les données semblent-elles se contredire ?
La clé réside dans le temps. Il s'agit de deux périodes de mesure différentes.
| Donnée | Période | Source |
|---|---|---|
| Décollecte de près de 400 M USD des ETF bitcoin | dernière semaine | BitHub.pl |
| +18,9 % d'actions IBIT en direct (Tudor Investment) | état au 30 juin | CoinDesk, CryptoSlate |
| +23 % d'actions IBIT (Morgan Stanley) | 2e trimestre | Cointelegraph |
Les dépôts trimestriels auprès de la SEC (les fameux 13F) décrivent l'état des positions au dernier jour du trimestre, soit au 30 juin, et sont publiés avec un décalage à la mi-août. En revanche, la décollecte hebdomadaire dont parle BitHub.pl est une donnée plus récente. Il n'y a donc pas de contradiction à affirmer que les institutions ont acheté au deuxième trimestre et que du capital est sorti des fonds au cours d'une semaine ultérieure. Ce sont simplement deux instantanés différents dans le temps.
Où va donc le capital ? (et ce que nous ne savons pas encore)
C'est le cœur de la question du titre et en même temps l'endroit où l'honnêteté s'impose. Nos sources vérifiées confirment que de l'argent est bien sorti des ETF bitcoin durant cette semaine. En revanche, nous ne disposons d'aucune donnée vérifiée et précise sur la destination exacte de ce capital. Une rotation vers d'autres actifs, une simple diversification ou une prise de bénéfices sont des interprétations possibles, pas des faits établis.
La seule piste partielle dans nos sources est la mention de Cointelegraph selon laquelle Morgan Stanley a renforcé au deuxième trimestre non seulement ses positions ETF bitcoin, mais aussi ses positions ETF ether et certaines actions crypto. Cela suggère que, chez certains acteurs, il peut s'agir d'une exposition crypto plus large, et non d'une sortie de la classe d'actifs. On ne peut toutefois pas généraliser cela à l'ensemble du marché.
À quoi faire attention avec ce type d'information
- Chiffres absolus vs relatifs. Le plus grand fonds se retrouve en tête des classements d'entrées comme de sorties uniquement en raison de sa taille. Cela ne dit rien en soi de la force de conviction des investisseurs.
- Date de mesure. Les rapports trimestriels 13F sont toujours rétrospectifs. Ils ne disent pas ce que détient le fonds aujourd'hui, mais au dernier jour du trimestre.
- La structure de la position, pas seulement le nombre d'actions. Le cas de Tudor Investment montre que la hausse simultanée des actions en direct et la chute brutale des positions call modifient l'exposition globale bien plus que ne le laisserait penser une seule ligne dans un tableau.
Charliedesk ne présente aucune de ces informations comme une recommandation d'achat ou de vente. Nous décrivons ce qui s'est passé et ce que les données permettent (ou non) de dire.

